Bonjour à toutes,

aujourd’hui j’ai eu envie de vous faire part de mon avis sur l’intérêt du calcul de l’IMC = Indice de Masse Corporelle, ou encore BMI (in english please) dans la prise en charge d’un patient souffrant de surpoids ou d’obésité.

Pour rappel, l’IMC se calcule à l’aide la formule mathématique suivante :

Il est vous sera donc extrêmement facile de déterminer votre IMC, pour cela il vous suffit de connaître votre taille et votre poids.

Je suis toujours surprise lorsque je demande à mes patients lors de notre première consultation, combien ils « pensent » peser et mesurer, car leur réponse est la plus part du temps erronée (volontairement ou involontairement !).

 Pour pouvoir avoir des résultats corrects, assurez-vous d’avoir des données exactes : pour cela il vous faut d’une part vous peser sur un pèse personne en bon état de fonctionnement et dans des conditions idéales de peser (on ne se pèse pas à n’importe quel moment de la journée après avoir avalé un steak frite et bu 1 litre d’eau, vêtu d’une doudoune (peu de risque à la Réunion) et de Moonboots (encore moins de risque pour le coup !)

D’autre part, pour vous mesurer rien de mieux que la bonne vieille toise de votre médecin traitant. (ne vous contentez pas de relever le chiffre indiqué sur votre passeport qui est rarement bon, d’autant plus que lorsque les années passent, on perd toujours quelques centimètres).

Une fois le calcul réalisé (attention aux unités), que faire de ce résultat ? comment l’interpréter ? Vous trouverez sur internet de nombreuses échelles d’IMC qui permettent de définir le statut pondéral du patient et de le faire rentrer dans une des catégories suivantes (chaque terme n’ayant aucune connotation péjorative ou négative et étant purement et simplement médical, tout comme si on vous diagnostiquait un asthme chronique ou une rhinite allergique, alors surtout nul besoin de vous vexer à l’annonce de votre résultat).

Je tiens donc à préciser que lorsque l’on souffre de surpoids ou d’obésité on n’est pas simplement « rond » ou encore avec « des formes », et que lorsque l’on est maigre, on est pas simplement « très mince ». Il faut encore une fois savoir mettre des termes précis sur des situations bien définies. Je ne jette la pierre à personne, ni obèse, ni maigre, mais j’aime être honnête et juste lors que je réalise un diagnostic morphologique qui comprend le calcul de l’IMC (mais pas que !)

Comme vous pouvez le voir sur le schéma ci-dessus, l’IMC permet de définir 6 catégories qui sont les suivantes :

– moins de 18,5 = maigreur / dénutrition

– entre 18,5 et 25 = poids normal

– entre 25 et 30 = surpoids / préobésité

– entre 30 et 35 = obésité stade I / obésité légère à modérée

– entre 35 et 40 = obésité stade II / obésité modérée à sévère

– plus de 40 = obésité massive / morbide

J’ai pour habitude de rajouter quelques nuances à cette échelle standard de l’IMC :

– 2 sous-catégories pour la tranche 25-30 qui correspond à la catégorie « surpoids » :

        – de 25 à 28 : surpoids léger

        – de 28 à 30 : surpoids sévère (où en médecine générale, on peut commencer à prescrire aux patients des traitements allopathiques)

– 3 sous-catégories pour la tranche 18,5-25, qui correspond à la catégorie « poids normal »(que je nuancerai toutefois par la suite) :

     – de 18,5 à 19 : normal BAS (personne à l’allure « très mince », à ne pas vouloir atteindre à tout prix)

     – de 20 à 22 : normal MOYEN (personne à l’allure « mince »)

     – de 23 à 25 : normal HAUT (personne à l’allure « ronde »)

En effet, vous l’aurez compris 2 personnes faisant la même taille et appartenant à cette même catégorie de poids « normal » soit un IMC compris entre 18,5 et 25, peuvent avoir 2 allures totalement différentes et leur poids peut différer de plus de 15kg ! Elles seront pourtant toutes 2 selon l’échelle d’IMC dans la catégorie de poids « normal ».

Pour prendre mon exemple, je fais 1m64, voici à quel poids correspond chacun de mes IMC :

IMC 18,5 = 49,8kg – IMC 19 = 51,0kg – IMC 20 = 53,8kg – IMC 21 = 56,4kg – IMC 22 = 59,2kg – IMC 23 = 64,5kg – IMC 24 = 64,5kg – IMC 25 = 67,2kg

Il y a donc une variation de plus de 17kg entre ces différents IMC qui définissent tous, je vous le rappelle, un individu ayant un poids « normal ». Nul besoin de vous dire que je n’aurai absolument pas la même allure à 49kg qu’à 67kg, et pourtant je serai selon la définition de l’IMC, dans ces 2 cas extrêmes une personne n’ayant pas de problèmes de poids.

Voilà donc une première limite à l’IMC, car je n’aurai absolument pas les mêmes conseils à prodiguer à une patiente dont l’IMC est à 24/25 et à une autre dont l’IMC est à 19/20.

Je dirai donc que pour cette catégorie de patient qui appartient à un IMC normal, il s’agit de définir quel est le poids dans lequel on se sent le mieux aussi bien physiquement que psychiquement. Quel est le poids que l’on peut atteindre et stabiliser sans entrainer de phénomène « yo-yo » ou de carences micronutritionnelles ? quel est le poids que l’on peut espérer atteindre sans développer des troubles du comportement alimentaire ?

Le problème aujourd’hui est que les femmes sont de plus en plus attirées (à tord) par des IMC de plus en plus bas, allant même jusqu’à mettre en danger leur santé, en faisant subir à leur corps des privations macro et micronutritionnelles afin d’atteindre des IMC que je définis « IMC défilé/podium ». (16/17/18/19).

J’oscille moi même entre 54 et 55kg pour 1m64 ce qui me donne un IMC entre 20 et 20,4 soit un IMC tout à fait normal, mais en tant que femme fortement influencée par les médias j’aurai tendance à vouloir perdre quelques kilos ce qui me ferait rapidement atteindre un IMC normal bas, chose qui ne serait absolument pas bénéfique pour ma santé, en tant que professionnelle de santé, je le sais pertinemment et j’en suis intiment convaincue, mais je reste avant tout un être humain qui doit être modéré dans ses envies pas forcément en accord avec un état de santé optimal mais plus avec le dictat de la mode actuelle. Ce constat est malheureux et je suis persuadée être loin d’être la seule dans cette situation, et c’est sans doute une des pires, car si on se laisse entrainer dans ce jeu sournois de « la minceur, toujours plus mince » on peut très rapidement développer des TCA et se retrouver avec des vrais problèmes de poids dûs à des régimes mal menés et faits de manière incohérentes entrainant un dérèglement de notre métabolisme. La chance que j’ai aujourd’hui c’est d’avoir cet auto-contrôle professionnel et bienveillant sur ma propre personne, mais qu’en est-il de toutes ces jeunes femmes qui se retrouvent seules devant leur miroir à idolâtrer d’autres jeunes femmes aux allures de top models décharnées qui défilent sur les podiums lors des fashion week.

Voilà un des intérêts (et il y en a bien d’autres) de faire appel à un professionnel de santé, qui aura un avis objectif, médical et professionnel sur votre poids actuel et vos éventuels objectifs.

Lorsque je confie une baguette magique à mes patientes et que je leur demande de choisir leur poids de rêve, je reste parfois pantoise quand à leurs réponses faisant la plus part du temps partie du domaine de l’irréel voire du surnaturel !

La clé de la réussite dans une démarche de perte de poids, c’est en tout premier lieu de savoir se fixer des objectifs cohérents qui correspondent à votre historique personnel et qui soient réalisables sans qu’ils mettent en danger votre santé. Si vous n’êtes pas capable de définir cet objectif par vous même, faites appel à une tierce personne qui après un interrogatoire précis et complet, pourra vous aider à le déterminer.

Alors effectivement, je me sers du calcul de l’IMC lorsque je réalise mes bilans morphologiques et ils me permettent également de réaliser pour chaque patient un tableau d’objectifs avec des deadline qui lui sont propres.

Mais est-ce suffisant de se limiter au calcul de l’IMC ? Surement pas ! Pourquoi donc ? Car l’IMC n’est qu’un indice qui présente de nombreuses limites et de nombreux biais : d’une part chez tous les patients qui auront une taille non standard (très grand ou très petit), chez les patients qui auront une masse musculaire très importante (je pense aux culturistes, qui n’ont pas une miette de graisse mais un IMC correspondant à la catégorie « surpoids » voire « obésité »), la femme enceinte … Dans toutes ces situations, l’IMC n’aura aucune valeur.
Et quand bien même, nous ne nous trouverions pas dans une de ces situations, l’IMC a une limite majeure qui est la suivante : elle ne tient compte que de la masse totale, soit l’ensemble de nos masses musculaires, hydrique, osseuse, grasse.
Or il est bien évident que l’impact sur la santé d’un excédent de 10kg de graisses n’est absolument pas le même que celui de 10kg de muscles (si on peut parler d’excédent quand il s’agit de muscles!). Il faut donc absolument tenir compte de ces différentes masses, et savoir différencier la masse musculaire de la masse grasse.

Mais comment faire ? Pour ma part, j’utilise 3 méthodes différentes qui me permettent d’évaluer la masse grasse et sa répartition (nous reviendrons sur ce point qui a une importance capitale).

En premier lieu, la fameuse technique de l’impédancemétrie. Elle est de plus en plus vulgarisée, et de nos jours de nombreux modèles de pèse-personnes grand public sont mis en vente à petits prix (attention à la qualité de ces derniers et à la véracité des résultats donnés). J’utilise pour ma part, une « TANITA » professionnelle qui me permet de définir avec plus ou moins de précision le pourcentage de masse grasse de mon patient. Je dis toujours « plus ou moins » car il existe des dizaines de modèles de pèse personne à impédancemétrie professionnels dont les prix varient de 300 à plus de 10000 euros, imaginez-donc la différence de précision et d’exactitude dans les résultats que ces balances peuvent avoir, sans compter celle avec les modèles grand public.

Je suis actuellement entrain de me pencher sur un nouveau modèle d’analyseur corporel utilisant le même principe d’impédancemétrie, je vous en reparlerai si mon étude est concluante, ce modèle étant décliné en une version professionnelle et une version grand public (plus accessible au niveau tarifaire). Je ne vous expliquerai pas dans cet article le principe de l’impédancemétrie (si cela vous intéresse réellement, je pourrai vous faire un article exclusivement dédié à ce sujet ultérieurement), toutefois voici les tables qui nous permettent de définir le statut de chaque patient en fonction de son âge et de son taux de masse grasse :

Cette valeur du taux de masse grasse a donc un intérêt nettement plus important en terme d’impact sur la santé, car ce sont les graisses lorsqu’elles sont en trop grandes quantité, qui ont un effet négatif sur l’ensemble de notre organisme. Il faut donc assurément compléter le calcul de l’IMC par une analyse des différentes masses corporelles afin de définir le statut en masse grasse de chaque patient.

Dans un second temps, une technique que j’apprécie beaucoup utilisée et qui me permet de compléter la mesure de la masse grasse par la technique de l’impédancemétrie, et celle de la pince à plis cutanés. Oui j’ai bien dit « pince à plis », ça fait toujours à la fois peur et sourire mes patients lorsque je leur montre mon instrument de torture qui ressemble à ça :

Comme pour les balances à impédancemétrie, il existe plusieurs modèles de pinces à plis dont la fiabilité des résultats dépendra souvent du prix de l’appareil utilisé. Quoiqu’il en soit, par la prise de mesure de 4 plis (bicipital, tricipital, sous scapulaire, et supra iliaque) et à l’aide d’une formule mathématique dont je vous épargnerai l’écriture, je peux déterminer le pourcentage de masse grasse de mon patient (en me référent à des abaques). C’est un exercice toutefois assez compliqué, de part sa réalisation (pincer correctement la peau, sans prendre le muscle, réaliser la mesure rapidement, pour ne pas compresser la masse grasse) et sa faible reproductivité (prendre toujours les mesures au même endroit). C’est une technique plus visuelle et plus parlante que l’impédancemétrie, je la réalise pour ma part une fois par mois sur mes patients ayant un objectif de perte de poids et souffrant de surpoids ou d’obésité. La valeur obtenue doit logiquement correspondre plus ou moins à celle définie par l’impédancemétrie.

Pour terminer, la troisième technique que j’utilise afin d’affiner mon bilan morphologique ne demande qu’un simple « mètre-ruban ». Encore faut-il savoir comment prendre correctement son tour de taille.

On parle d’obésité abdominale, lorsque le tour de taille est supérieur à 88cm chez la femme et 102cm chez l’homme. Avec l’expérience, nul besoin de réaliser ces mesures, d’un simple coup d’oeil, un patient souffrant d’obésité abdominal est vite diagnostiqué.

Une patiente peut donc avoir un IMC normal et penser ne pas avoir de problème de poids, alors qu’en s’intéressant à son taux de masse grasse et à la répartition de cette dernière, on réalise qu’elle se retrouve dans le groupe des patients à risque de complications métaboliques et cardio-vasculaires, c’est typiquement le profil de la femme de la quarantaine d’années avec des membres fins (jambes et bras fins) et un « gros ventre ».

Il est important de pouvoir différencier les graisses que l’on dit « viscérales » qui se localisent au niveau de l’abdomen sur la partie haute du corps, de celles qui se situent au niveau des hanches. Les premières définissent le morphotype « androïde » et les secondes le morphotype « gynoide ». Certes ce dernier n’est pas des plus esthétique (culotte de cheval, cellulite) mais il n’a toutefois pas d’impact négatif sur votre système cardiovasculaire, alors que les graisses viscérales sont elles dangeureuses et sont donc à combattre en priorité.

C’est le calcul du rapport RTH (taille/hanches) qui me permet de déterminer à quel morphotype appartient mon patient et si il souffre d’obésité viscérale.

En image, les 2 types de morphotypes, qu’on qualifie vulgairement de « pomme « (androïde) ou de « poire » (gynoide)

Vous l’aurez compris, 2 patients peuvent avoir un taux de graisse correspondant à une obésité graisseuse mais que cette dernière soit localisée sur le bas du corps pour l’un (entrainant des problèmes articulaires, circulatoires etc) et sur le haut du corps pour l’autre, ce qui entrainera un risque accru de pathologies cardiovasculaires et nécessitera une prise en charge spécifique.

Voilà donc les 3 méthodes que j’utilise au quotidien dans ma pratique professionnelle pour compléter la notion d’IMC lorsque je réalise des bilans morphologiques pour mes patients ayant un objectif de perte de poids.

J’espère que cet article vous aura fait comprendre l’intérêt mais surtout les limites du calcul de l’Indice de Masse Corporelle.

En attendant un prochain article, prenez soin de vous car vous le valez bien.

Micronutritionnellement vôtre,